Film Unfair Game de Thomas Huchon (2)

 

Un documentaire de Thomas Huchon intitulé «Unfair Game

Le film braque le projecteur sur l’un de ces milliardaires, Robert Mercer informaticien de profession qui a fait  fortune grâce à  sa stratégie d’investissement et est à la tête d’un fonds d’investissements Renaissance Technologies. Il a d’abord misé sur Ted Cruz puis a reporté ses efforts sur Donald Trump. Le film montre bien comment grâce à son argent, il a pu peser sur la campagne, acquérir le groupe Breitbart afin de disposer de son propre  organe de presse et outil de communication. Et dans la partie manipulation, le spectateur voit comment Mercer a imposé Steve Bannon comme directeur de campagne et financé les travaux d’une société d’exploitation données à des fins électorales Cambridge Analytica afin d’ en faire bénéficier l’équipe Trump, dans une  violation flagrante de la loi sur les financements électoraux qui interdit aux super Pac de coordonner leurs campagnes avec celle du candidat.

L’on sait maintenant que Cambridge Analytica (CA) s’est emparé des données concernant 87 millions d’utilisateurs Facebook sans leur consentement et en violation de son accord avec Facebook. Grâce à cette manne  de données indûment obtenues,  CA a pu élaborer des profils psychologiques très fins et préparer des publicités micro ciblées. D’après le film, ces publicités avaient un autre grand mérite : elles disparaissaient dès qu’elles avaient été envoyées aux destinataires choisis et lues ou  vues par eux. Cette méthode appelée « Dark spots » est vantée par la société de conseil Ducttapemarketing comme la plus efficace à ce jour.


A l’ issue de ce film, le spectateur est sonné, inquiet et  hésite entre un auteur victime de théories du complot ou une démocratie américaine bien mal-en-point.
Les élections de mi mandat vont avoir lieu dans six mois et les Républicains au Congrès font le minimum. Les deux journées d’auditions du PDG de Mark Zuckerberg ont produit leur lot habituel de regrets et excuses et sur l’ingérence russe, la commission des renseignements de la chambre s’est discréditée par son comportement partisan. Globalement, les républicains refusent toute enquête digne de ce nom sur les différents volets du problème. Les problèmes sont pourtant nombreux et sérieux : ingérence russe confirmée par les services de renseignements pour 2016 et déjà en cours pour 2018, agissements de la société Cambridge Analytica et attitude de Facebook qui s’est contenté d’exclure CA et de reconnaître la « légèreté » des responsables lorsque FaceBook a accepté des paiements en roubles pour des publicités ciblant certaines populations bien identifiées dans des comtés  susceptibles de basculer pour le candidat républicain. On sait par ailleurs aujourd’hui que les Russes sont parvenus à pénétrer dans les systèmes informatiques des machines  à voter de vingt Etats. Le Congrès doit il légiférer ? C’était l’une des questions posées à Zuckerberg qui s’est, bien sûr,  montré ouvert à cette éventualité

Obamacare : Principe de réalité & poids des institutions .

Après le premier moment de choc, une introspection doublée d’autocritique s'impose car c'est bien la condescendance des élites politiques, du parti démocrate, des médias (écrits et TV pour des raisons différentes) et des experts qui a poussé les électeurs oubliés et méprisés à se déplacer en masse pour voter pour un candidat dont toutes ces élites leur répétaient que leur candidat n'était pas présidentiel, n'avait ni le tempérament ni les qualités requises pour être un président et qu'il était un danger pour la démocratie, l'économie et le monde.

La candidate démocrate et le président en place ont après la victoire de D. Trump, fait ce qu'il fallait et, conformément à la tradition politique américaine, ont non seulement félicité le vainqueur mais ils  lui ont tendu la main en appelant le pays à la réconciliation et à panser les plaies ouvertes pendant 18 mois de campagne dure et violente. Le président a répété qu'il comptait bien faire comme le président G.W. Bush à son égard en 2008 et que lui-même et ses équipes aideraient au maximum le futur président et son équipe de transition. Car ainsi que le Président Obama l'a souligné «si le futur président réussit, c'est le succès de l'Amérique ».  

Maintenant place au principe de réalité. Les républicains ont en principe tous les pouvoirs puisqu'ils détiennent la Maison-Blanche, les deux chambres du Congrès ; et à moyen terme la Cour suprême reprendra la coloration conservatrice qui était la sienne jusqu'en février 2016, date du décès du juge Scalia. Et sauf cataclysme, compte tenu du calendrier des renouvellements de sièges au Sénat, il est probable que les républicains y conservent la majorité en 2018. Cela signifie peut-être une bonne nouvelle mais aussi qu'il n'y aura plus le moindre bouc émissaire à blâmer si les choses tournent mal. Lorsqu‘une majorité de républicains aura voté (ou abrogé) une loi, ce sera à eux d'en assumer les conséquences en vertu du sacro-saint principe d'accountability.

Prenons l'exemple de l'abrogation de la loi d'assurance santé ACA rebaptisée par les républicains Obamacare. C'était certes un excellent slogan de campagne mais est-ce une si bonne idée de l'abroger sans rien proposer à la place, ce qui prendrait au bas mot deux ans ? Non seulement les 22 millions de nouveaux participants au système se retrouveraient sans couverture médicale et devraient à nouveau se précipiter aux urgences ; mais l'industrie pharmaceutique elle-même, qui n'a aucun plan B car elle n'a jamais pris sérieusement l'hypothèse d'une éventuelle victoire de Donald Trump, serait pénalisée. L'abrogation signifierait pour les compagnies d'assurance la perte de plusieurs millions de consommateurs. Ce n'est donc pas une surprise si D. Trump a déclaré à CBS qu’il conserverait au moins deux des mesures les plus populaires d’Obamacare, l’assurance pour les déjà malades et la possibilité pour les jeunes de moins de 26 ans de rester couverts par l’assurance de leurs parents.  D’autant qu’une tentative d’abrogation par les membres du Congrès se heurterait immédiatement à toutes les forces du lobbying lancées dans la bataille et aux menaces de retrait de financement électoral. Autre obstacle, les républicains au Sénat ne détiennent pas la super majorité de 60 voix nécessaire pour mettre fin à un blocage (filibuster) par la minorité démocrate. L’abrogation est donc à la fois une question d’acceptabilité politique et une question de faisabilité.

Les républicains pourraient si le nouveau président l’estime politiquement acceptable, éliminer toutes les dispositions fiscales de la loi grâce au mécanisme de la « réconciliation » qui requiert la majorité simple. Il leur serait ainsi possible d'en finir avec l'extension du Medicaid ouvert aux Américains autour et en dessous du seuil de pauvreté et de supprimer les systèmes de crédit d'impôt et autres mécanismes destinés  à aider les Américains de la classe moyenne à acheter leur couverture maladie à un coût acceptable. Dans cette hypothèse, l’équilibre interne de la loi serait détruit.

Le même raisonnement s’applique à toutes les promesses du candidat Trump et en particulier aux accords de libre échange et à l’imposition de droits de douane sur les produits chinois. Et donc, l’incertitude est totale. Même si le candidat opte pour le pragmatisme, les contraintes sont nombreuses. Et quoi qu’il fasse, le président Trump comprendra vite que le système du Washington as usual et du lobbying omniprésent n’est pas si facile à éliminer.